Le Procès est un roman sans héros et sans progrès. C'est évidemment aussi un roman sans décor ; les seuls paysages qu'ils admet sont imaginaires. C'est également un roman sans passé : le récit ne revient jamais sur les éléments qui ont précédé l'arrestation de Joseph K. ; celle-ci est un commencement absolu, l'unique sujet du livre. Il est difficile d'imaginer une simplification plus radicale, un dénuement plus grand. Kafka renonce à tous les agréments ordinaires du récit ; il fixe obstinément l'attention du lecteur sur une situation scandaleusement opaque, qui conservera jusqu'à la fin la même opacité.